Le CNDF reçoit le commissaire à la langue française, M. Benoît Dubreuil

Le 4 novembre, près de 400 étudiants et membres du personnel du CNDF se sont réunis à l’auditorium Jean-Pierre-Tremblay pour une rencontre avec Benoît Dubreuil, commissaire à la langue française et ancien étudiant du Campus. Un retour aux sources qui a surtout été l’occasion de parler du français tel qu’on le vit aujourd’hui : au travail, à la maison, sur les plateformes numériques, dans nos écouteurs et même dans nos conversations avec l’intelligence artificielle.

De passage au CNDF de 1996 à 1998, Benoît Dubreuil y a notamment découvert son intérêt pour la philosophie et la littérature. Son séjour en résidence l’a aussi amené à côtoyer des étudiants provenant de différentes régions et à prendre conscience des réalités linguistiques parfois très différentes d’un coin du Québec à l’autre. Le poste de commissaire à la langue française a été créé en 2023, et Benoît Dubreuil est la première personne à l’occuper. Au cours de la rencontre animée par Jean-François Lebrun, coordonnateur aux communications et au développement philanthropique du CNDF, il a expliqué son rôle avant de dresser un portrait de la situation du français au Québec. Un constat plus nuancé qu’un simple « ça va bien » ou « ça va mal ».

Le marché du travail de plus en plus tourné vers l’extérieur du Québec, l’omniprésence de contenus culturels anglophones et les réalités liées à l’immigration font partie des phénomènes qui transforment notre rapport au français. Mais la discussion a aussi ramené une partie de la responsabilité beaucoup plus près de nous : dans nos propres habitudes culturelles. Les parents ont évidemment un rôle à jouer pour faire découvrir aux jeunes la musique, la télévision, le cinéma ou les œuvres d’ici. Mais la transmission ne devrait pas se faire à sens unique. Les jeunes ont eux aussi une culture à faire découvrir à leurs parents… à condition que ceux-ci acceptent de s’y intéresser sans la dénigrer d’emblée. Une réflexion qui prenait tout son sens devant les étudiants présents : la culture qu’on les invitait à partager aujourd’hui avec leurs parents sera peut-être celle qu’ils auront envie de transmettre à leur tour demain!

La musique a d’ailleurs fourni un exemple particulièrement parlant de nos habitudes culturelles. Benoît Dubreuil a présenté les résultats d’une étude comparant le Québec au Canada et à 24 pays européens. Hors des pays anglophones, le Québec serait à la fois la société étudiée où les artistes américains sont les plus populaires et celle où la musique dans la langue nationale représente la plus faible part des écoutes. Le constat soulève une question : quelle place accordons-nous nous-mêmes à la culture québécoise? Même le franglais utilisé par certains artistes d’ici s’est invité dans la discussion : appauvrissement du français ou signe d’une langue bien vivante que ceux qui la parlent s’approprient et transforment? Loin d’en rester aux statistiques, le commissaire a multiplié les exemples puisés dans la culture populaire des jeunes, citant rappeurs, artistes et influenceurs québécois. La référence à Orloge Simard n’est d’ailleurs certainement pas passée inaperçue dans la salle!

Une question préparée par des étudiants du CNDF a également permis d’aborder l’influence des médias sociaux sur le français. Puis, place à l’intelligence artificielle : à quoi bon apprendre à bien écrire si une IA arrive à nous comprendre même lorsqu’on lui écrit tout croche? Et si ces outils cherchent à parler comme nous, risquent-ils aussi d’amplifier certaines de nos habitudes linguistiques?

Derrière ces enjeux se trouvait une question plus fondamentale : pourquoi continuer à parler français dans un environnement où presque tout le monde comprend l’anglais? Pour Benoît Dubreuil, la diversité des langues permet notamment de préserver différentes façons de voir, de penser et de comprendre le monde.

Petite pause dans les grandes questions linguistiques : que faire de ceux qui, lorsqu’on leur souhaite gentiment « bon matin », s’empressent de rappeler qu’il s’agit d’un calque de l’anglais? Comme la peine capitale évoquée semblait légèrement excessive, la question se devait d’être soumise au commissaire!

La rencontre s’est finalement terminée sur une idée toute simple. Lorsqu’on échange avec une personne dont le français ne semble pas être la langue maternelle, passer automatiquement à l’anglais n’est pas nécessairement lui rendre service. Ce réflexe peut même envoyer un drôle de message à quelqu’un qui a consacré du temps à apprendre le français : on présume que notre anglais sera préférable à son français. L’approche proposée par Benoît Dubreuil? Amorcer la conversation en français, puis laisser à l’autre personne le choix de la langue dans laquelle elle préfère poursuivre l’échange. Une façon de rappeler que faire vivre le français ne repose pas uniquement sur de grandes politiques linguistiques. Ça passe aussi par les petits choix que l’on fait chaque jour.

Merci aux étudiants et aux membres du personnel présents pour leur écoute attentive et respectueuse, qui a contribué à la qualité de cette rencontre. Un merci particulier aux étudiants des groupes de littérature de Catherine Bouchard, qui avaient pris le temps de réfléchir aux enjeux entourant le français et de préparer des questions en vue de la conférence.